Histoire

Rédigé par Pascal PINET

ÉPOQUE ANCIENNE

Sur Elleville ont été trouvés des haches et des outils en silex d’origine néolithique. Au XVIIIème siècle sur le chemin de Corbeville fut dégagée une cache, sous une pierre plate, de plusieurs haches, ce qui permet d’avancer une présence Gauloise. Aussi, l’époque ancienne est marquée par le chemin romain qui coupe la commune en deux “le grand chemin de Paris en Normandie”. Enfin vers 1850 près la chapelle Saint Prix fut découvert les restes de construction romaine et des tombeaux en pierre renfermant leurs squelettes armés.

L’ADMINISTRATION AVANT LA RÉVOLUTION

La paroisse est comme toutes les autres qui se délimite avec l’organisation religieuse vers le VIIIème et IXème siècle. Le nom de Saint Martin des Champs n’apparaitra qu’au XVIème siècle, avant il faut dire paroisse d’Elleville, qui est d’ailleurs le village principal de ladite paroisse.

administration religieuse :
La paroisse est sur le diocèse de Chartres, l’archidiaconé du Pincerais qui a la charge d’introniser le chapelain d’Elleville. Le premier curé de la paroisse ne sera là qu’au milieu du XVIème siècle.
La paroisse est desservie par trois chapelles :

– Chapelle de la Sainte Trinité de Saint Prix d’Elleville, principal lieu sur la paroisse dont le seul nom de chapelain gardé en mémoire avant le XVIème siècle est Jean DAGOBERT en 1415. Cette chapelle est suffisamment vaste pour recevoir toute la communauté d’Elleville. Elle dût être ruinée pendant la grande guerre et reconstruite au XVème siècle en plus petit. Cette chapelle est démolie entre 1900 et 1914. Il y a quelques inhumations audit lieu, mais pas de cimetière semble-t-il.

– Chapelle Saint Martin, au milieu des champs qui sera transformée en église paroissiale au milieu du XVIème siècle. Elle est rectangulaire plus petite que celle d’Elleville avec probablement un cimetière attenant. Avec le temps cette chapelle prend plus d’importance que celle d’Elleville. C’est ainsi qu’à la fin du XVème siècle le chapelain principal semble être en cette dite chapelle. Entre 1557 et 1568 la chapelle est agrandie et construite telle qu’on la connait aujourd’hui.
Liste des chapelains et curés

– Chapelle de Corbeville, probablement la plus petite des trois, elle est non loin du logis seigneurial de Corbeville. Elle devait être privée et relève du seigneur et non d’un établissement. Il n’y a pas de sépulture en dedans ou en dehors de la chapelle. Mais il y a un chapelain entretenu par le seigneur. Elle est démolie avant 1680.
Liste des chapelains de Corbeville

administration civile :
La paroisse d’Elleville est sur le Comté et bailliage de Montfort-L’amaury à la frontière du Comté et bailliage de Mantes, ce qui explique les mottes, les tours et travers (péage). Le nom même d’Elleville venant de hel (frontière, limite) et ville pour villa gallo-romaine. D’ailleurs Elleville est régulièrement écrit aux temps anciens Hellevilla (la maison à la frontière). Le Comté de Montfort appartient au Duché de Bretagne puis à partir du début du XVIème siècle au Roi. Elleville est une prévôté qui gouverne en basse et moyenne justice les paroisses d’Elleville, Goupillières, Osmoy, Thoiry, Villiers-le-Mahieu et Flexanville. La paroisse de Thoiry en sera distraite au XVIème siècle et celle d’Hargeville ajoutée. Il y a un prévôt qui exerce sur toutes les paroisses citées ci-dessus. Le territoire se divise comme tous les autres en un découpage savant de fiefs et d’arrière-fiefs. Les deux principaux fiefs sont celui d’Elleville et de Corbeville.

LES DEUX PRINCIPAUX FIEFS :

AVANT LE XVIème SIÉCLE

– fief d’Elleville,

C’est probablement un poste depuis l’époque romaine. Il y a une ferme seigneuriale et plusieurs logis de notables. Un moulin à vent en bois installé sur la motte castrale. Des auberges pour les voyageurs et les ivrognes du coin. Un marché à bestiaux créé avant 1140. Seulement comme Louis IX a décidé de déplacer ledit marché à Poissy, avant 1245, Elleville perdit son pouvoir et revenu tout en gardant son poste et l’administration de quartier. C’est pour cette raison qu’il y a une disproportion entre l’importance du village et celle de l’administration audit lieu. Il ne reste de ce marché que le lieudit “le marché aux vaches”. A Elleville il y a un travers c’est à dire un péage. Il existera jusqu’à la révolution. La première mention de ce travers est au XIIIème siècle, mais il n’est pas une erreur de l’imaginer actif bien plus tôt. Il est sur la voie romaine au lieudit le Clos Poste.

– fief de Corbeville,

Ce nom veut dire la ferme des corbeaux, c’est un fief simple sans justice qui dépend d’Elleville. Le seigneur de Corbeville est vassal du seigneur de Marcq qui est vassal du seigneur de Maintenon qui est vassal du Roi à cause de son Duché de Chartres. C’est un fief noble, c’est à dire avec colombier, pressoir, garenne etc…

XVIème SIÈCLE

– fief d’Elleville,

Au cours de ce siècle ce fief ne change guère. En revanche il est à noter l’existence d’une école à Elleville dite la grande école ou collège. Sa date de création est inconnue. Elle se situe au grand carrefour du village. Cet établissement est tenu par un pédagogue pour l’enseignement des enfants de la paroisse. A la fin du siècle début de l’autre disparait la grande école d’Elleville. Et enfin au milieu de ce siècle progressivement la paroisse change de nom passant d’Elleville à Saint Martin d’Elleville pour finir par Saint Martin des Champs.

–  fief de Corbeville,

Jean de QUINCHEUX achète ce fief au MORAINVILLIERT. À noter que Jean de QUINCHEUX est né vers 1465 est trépas vers 1565. Son fils Jacques de QUINCHEUX est occis par son voisin, seigneur de Pampou, en sortant de la messe à Septeuil en 1546. Puis ses deux fils, Charles et Regnault les QUINCHEUX, occirent en juin 1550 un vigneron de Septeuil. La perforation d’estomac est une pratique courante en cette époque brutale. Bref, ils sont condamnés à mort par jugement à Paris, car il ne faut pas tuer son prochain, même si c’est un roturier. Suite à la forfaiture des frères les QUINCHEUX le fief de Corbeville est saisi au profit d’Henri II sur la part d’héritage des deux garçons. Le roi en fait don à l’un de ses courtisans, Denis DES FOSSÉS. En 1551, Denis DES FOSSÉS vend le fief de Corbeville à Jean LE COQ, curé de Saint Eustache.

C’est Antoine LE COQ, frère du curé, qui transforma la chapelle Saint Martin en église Paroissiale que l’on voit encore aujourd’hui. Il fait aussi construire le presbytère attenant à l’église. Et fait planter dans le cimetière un if toujours en place aujourd’hui.

XVIIème siècle

– fief de Corbeville

Jacques LE COQ hérite du fief de Corbeville au trépas de sa mère en 1597. En 1619 Jacques obtient du Roi l’autorisation de construire une maison avec tours et défenses entourée de fossé. C’est une construction type de l’époque Louis XIII en brique, pierre et ardoise.

Jean LE COQ jeune homme ambitieux, avocat à la cour de parlement va avoir une belle carrière. Qu’il commence en se mariant en février 1626 avec Anne BROÉ fille du président à la chambre des requêtes du parlement de Paris. Il construit une tuilerie à Corbeville et probablement installation de la flèche d’ardoise sur le toit de l’église. Fait installer l’actuelle porte d’honneur du château de Corbeville entre 1678 et 1680. L’achat du fief d’Elleville en 1631 à l’Hôtel Dieu de Paris. Par donation en 1628 il constitue une rente pour l’instruction gratuite des enfants de la paroisse et en 1672 fait construire de neuf un bâtiment dit, collège de Corbeville, pour l’instruction gratuite des enfants de Saint Martin et Goupillières. En 1678 la seigneurie de Goupillières est érigée en Marquisat pour sa descendance mâle et femelle (dans le texte).
Liste des propriétaires du Collège de Corbeville

XVIIIème SIÉCLE avant 1789

– fief d’Elleville

Ce fief ne change pas dans sa composition. Il appartient depuis 1691 à Anne Louise Reyne LE COQ chanoinesse de l’insigne église de Poussay. Elle trépasse en 1740 à Paris. Elle fit restaurer l’ensemble de la ferme d’Elleville. Sont héritières ses deux nièces.
Liste des propriétaires de la Ferme d’Elleville

– fief de Corbeville

Le troisième Marquis de Goupillières, Jean Baptiste LE COQ trépasse à Corbeville en 1737 laissant suffisamment de dettes pour que sa veuve renonce à la communauté entre époux. Sa fille Marie Anne Louise hérite du domaine LE COQ à sa majorité en 1743. Elle se marie en septembre de cette même année avec Alexis LALLEMANT de MACQUELINE son cousin proche. Leur fils Alexis François Gabriel LALLEMANT de MACQUELINE hérite des fiefs de Goupillières, Elleville, Corbeville et les Porcherons à Paris. Après un inventaire de l’état des lieux au château de Corbeville où les experts préconisent, par mesure d’économie, de démolir le château pour en reconstruire un autre plus moderne. Alexis décide de le restaurer. Alexis François Gabriel LALLEMANT de MACQUELINE est le quatrième Marquis de Goupillières. Il prit le titre, armes et devise de sa mère. Maintenant, Alexis François Gabriel s’appelle LALLEMANT LE COQ. Il fut difficile pour l’administration de comprendre que par ses lettres d’anoblissement il peut se dire Marquis par sa mère.

XVIIIème SIÉCLE après 1789

Ce qui a changé avec 1789 est que tout ce qui était n’est plus, jusqu’au calendrier. La paroisse est maintenant une commune, Martin des Champs (le Saint reviendra plus-tard), un maire élu tous les ans avec les conseillers. L’église faisant office de mairie. La nuit du 4 août fait perdre tous les privilèges du Marquis de Goupillières et son emploi au parlement. Disparaissent le péage d’Elleville, le notaire, le prévôt et les devoirs religieux. Alexis s’appelle maintenant citoyen LALLEMANT LE COQ. Le seul bien saisi est le collège de Corbeville. La liberté se paye cher, suite aux restrictions, enrôlement de force dans les armées, les saisies de blé et autres, les habitants se révoltent. La réponse de la république est l’arrestation du maire, Eloy DUHAMEL et quelques villageois, suivie d’un passage par la guillotine à Paris. Après, plus personne ne s’est plaint.

En raison des exigences de la république, de saisie de blé etc… l’ensemble du parc de Corbeville est transformé en terre labourable faisant perdre bassin et tout élément qui garnit ordinairement un jardin de plaisance. L’église a changé de fonction, c’est la mairie. Presque tous les éléments religieux sont supprimés : les épitaphes, les litres et blasons peints sur les murs. Les deux statues de pierre dans les niches du retable l’une la Vierge Marie et l’autre normalement Saint Martin. Disparaissent aussi les tables de la Loi et le tableau du retable. Tout élément d’argent, cuivre, étain ou ferraille est offert à la république, 1793.

La saisie du collège de Corbeville en 1792 sur ordre du district qui considère qu’il y a une école à Septeuil et que par conséquent les enfants de Martin des Champs et Goupillières n’ont pas besoin d’une école à Corbeville. Pour la première fois, depuis le XVème siècle environ, la commune n’a plus d’établissement scolaire. Le collège est vendu en 1797 à un bourgeois de Paris. La municipalité installe un instituteur en 1794 au presbytère.
Liste des Instituteurs

XIXème SIÉCLE

Après les troubles qui mirent à bas l’ancien ordre, il y a l’installation du nouvel ordre. Avec la réhabilitation de l’église, sa restauration et la remise en place des ustensiles nécessaires au culte, 1801. Comme le presbytère fut vendu la commune loue une maison à Saint Martin pour le desservant, 1802. Les curés habitent dans une portion du collège. A partir de 1873 le curé de Saint Martin sera le même qu’à Osmoy où il loge désormais.

C’est en 1856 qu’est inaugurée la nouvelle école avec la mairie et le logement du maître. Les premiers travaux ont commencé en 1846, dix ans de sacrifice budgétaire, pour cette petite commune, afin de retrouver une installation scolaire digne de sa tradition.

Les seuls divertissements de ce siècle et début de l’autre, et qui furent largement diffusés dans la presse nationale est l’assassinat en 1853 à Corbeville du père VERRIER par l’amant de sa fille. Question d’argent qui couta à l’assassin sa vie sur l’échafaud de Versailles et à la commanditaire le bagne à perpétuité. En août 1893 l’asphyxie de la famille RÉGAUT, le père, la mère et les quatre enfants. Ils habitent à Elleville, ce drame devrait être un suicide pour cause de dettes excessives et en novembre 1905 toujours à Elleville le parricide du fils HAPPE en suite d’une querelle avec son père.  

Depuis la fin du XVIème siècle la guerre n’a point sévi sur la commune. Il a fallu attendre 1870 avec l’arrivée du Prussien et des actes de violences sur les vaincus. Cette présence s’accompagne de réquisition de chevaux, de paille, pommes de terre etc…La commune devra loger 800 casques à pointes et les nourrir. Dont 12 à la ferme d’Elleville, 9 chez le curé c’est-à-dire au collège, 25 à la tuilerie et 100 déambulant au château.   

Le quatrième et dernier Marquis de Goupillières trépasse en son château de Corbeville en 1841. A sa succession le domaine LE COQ est divisé. Le collège de Corbeville revient à Louis Adolphe PONSIGON neveu du Marquis. Le château et ferme d’Elleville reviennent à Agathe Geneviève de BROSSIN de MÉRÉ, nièce du Marquis. A la succession de 1858 le château de Corbeville revient à sa fille madame LE BAILLIF de MESNAGER après tirage au sort et la ferme d’Elleville à son fils Louis Adolphe PONSIGNON déjà propriétaire du collège. A cette époque, 1882, la ferme du château est démolie. Au décès de madame LE BAILLIF de MESNAGER en 1886, le château revient en indivis aux quatre enfants. Des trois frères aucun ne se maria, seule la fille devenue madame LE FORESTIER a une descendance. Les trois portions sur Corbeville reviennent à madame LE FORESTIER qui décède en 1900. C’est à partir de 1873 que Louis Adolphe PONSIGNON entreprend les travaux d’aménagement au collège pour en faire une résidence secondaire.

XXème SIÉCLE

En 1921 est créée la société agricole d’électricité de la région d’Orgerus. Elle est née de la volonté de plusieurs propriétaires de la région, dont monsieur LE GUAY propriétaire du château de Corbeville. Cette installation apporta la lumière à tous les étages jusqu’à la moindre chaumine. En 1937 est réalisé le forage d’un puit pour alimenter en eau potable la commune, mais il faudra attendre avant que toutes les maisons soient branchées.

La guerre 14/18 ne permit pas aux Prussiens de venir jusqu’ici au prix d’un grand sacrifice d’hommes et au courage des femmes. En revanche la guerre 39/45 voit défiler l’allemand vainqueur. D’août à octobre 42 les Allemands sont au château de Corbeville, des réquisitions et vexations, en avril de nouveau les Allemands au château avec quelques dégâts sur les bâtiments. En 44 des bombes s’égarent sur la commune. En août 44 départ des Allemands par un côté et arrivée des Américains par l’autre.

Le château de Corbeville est vendu 1920 par Gaston LE FORESTIER, dernier de la famille LE COQ au château.

Plusieurs propriétaires se succèdent entre autres George HAVILLAND, industriel américain, fabriquant des porcelaines Havilland à Limoges. Jacques FATH, couturier, cette période voit venir à Corbeville le tout Paris avec des fêtes somptueuses. Après quatre années de fêtes Jacques FATH décède. Il est inhumé dans le parc du château. Au matin du 17 octobre 1955 le château est la proie des flammes. La moitié du château est entièrement dévasté. Pour trois ans Gérard LENORMAND, artiste de variété. Actuellement le château appartient à M et Mme Philippe VERGELY, industriel, qui ont refait dessiner le parterre à la française avec son bassin et jet d’eau. 
Liste des propriètaires du Château de Corbeville

Liste des Maires de Saint Martin des Champs